Jean-Luc Couture se raconte :

L'ours blanc qui n'aimait pas les caméras!

 

Ours polaire sur la banquiseDe retour d'une expédition de chasse à l'ours blanc, j'ai aperçu un gros mâle qui courait le long d'une banquise. J'ai demandé à mes deux guides Inuit, Daniel et son compagnon, si je pouvais m'approcher un peu pour le photographier. Ces derniers m'ont répondu qu'il n'en n'était pas question, que c'était très dangereux. Ils m'ont aussi mentionné que des gens avaient déjà tenté ce genre d'expérience et qu'ils ont été férocement attaqués par des ours.

Un peu téméraire, je n'ai pu résister à la tentation de m'approcher davantage me sentant en sécurité avec ma motoneige. Je me suis levé debout avec mon appareil photo et, sans m'en rendre compte, j'ai éteint le moteur de ma motoneige. Il semble que l'endroit choisi pour m'immobiliser bloquait la trajectoire du fameux ours, qui a décidé tout bonnement de foncer sur moi. Incapable de redémarrer cette foutue motoneige, j'ai paniqué et je me suis mis à courir vite... très, très vite!

Du campement, mes deux guides ont vu la scène. Ayant chacun leur motoneige, Daniel a foncé sur l'ours avec la sienne afin de l'effrayer tandis que son compagnon est venu m'agripper par le collet pour ensuite m'asseoir sur le traîneau, accroché au véhicule.

On s'en est sorti de justesse ! Par la suite, Daniel m'a réprimandé longuement. En soirée, à notre campement, il s'est approché de moi en me disant avec un petit sourire en coin: " Pour ton âge, tu cours relativement vite !! ". L'aventure s'est bien terminée, mais j'ai tout de même eu une sacrée frousse!

 

Un mouflon blanc sur la neige blanche…

Cette expédition a été la plus difficile de toutes mes expériences de chasse, physiquement et psychologiquement.

Accompagné de deux chasseurs français, je suis parti un 24 septembre pour une aventure qui a duré douze jours. L'endroit convoité était le "Glacier Mountain ", en Alaska. Durant cette expédition tardive, nous avons marché 86 km (aller-retour) en montagne, chargés de vivres, de vêtements et de munitions. Là-bas, les montagnes atteignent jusqu'à 6 000 mètres d'altitude et les paysages sont à couper le souffle!
Après la 1ère journée, un des deux français se sentait épuisé et incapable de poursuivre le voyage. Moi et l'autre français, nous lui avons donné un ultimatum : "tu retournes seul au point de départ ou tu poursuis le voyage. Tu as 20 minutes pour te décider!" Après réflexion, il a choisi de continuer la marche! Par contre, il ne chassa pas du tout durant cette expédition. Il était trop fatigué et il demeura au campement pour préparer la nourriture et alimenter le feu.
La température fût clémente les quatre premières journées de marche, soit le temps de se rendre à destination, et les mouflons étaient facilement repérables. Durant la 4ième nuit, 8 pouces de neige ont tapissé le sol alors que la cinquième journée débuta avec une faible neige. Résultat : le mouflon nous chassait et non l'inverse! Donc la première journée de chasse fût sans succès.
La 2ième journée fût également nulle car les mouflons se tenaient dans des endroits inaccessibles où il aurait fallu gravir des montagnes trop escarpées.
Le lendemain, à la tombée du jour, alors que nous étions à 4 kilomètres du campement, nous avons enfin capturé notre fameux mouflon! Pendant ce temps, notre compagnon, resté en permanence au campement, nous croyait morts, et par conséquence, sa propre fin arrivée. Quelle joie lorsqu'il nous vît arriver à 2h30 du matin avec notre mouflon. Ce fût la fête!
Le 4ième jour de chasse, soit le 8ième jour de cette expédition, nous avons procédé au dépeçage de l'animal afin de minimiser la charge de retour qui, en moyenne, fût de 35 kg chacun à transporter à dos d'homme.
Le 9ième jour fût pénible car 1 pied de neige recouvrait le sol et les déplacements étaient très lents. Par contre, le 10ième jour, nous avons réussi à faire un bon bout de chemin. C'est seulement en début de soirée qu'un blizzard s'est levé. Comme les vents soufflent moins fortement la nuit que le jour, il fallait donc gravir une montagne en pleine nuit.
La 11ième journée, les réserves de nourriture étaient quasi toutes épuisées. En descendant une vallée, nous avons trouvé du riz dans une chaudière, probablement oublié par un trappeur. Nous nous sommes donc arrêtés afin de faire un feu et cuire le riz ainsi que de la viande de mouflon. Nous avons rempli nos poches de nourriture et avons poursuivi notre route.
La 12ième journée se déroula bien. Mais c'est après 16 heures de marche que nous sommes enfin arrivés à l'endroit où un vieillard nous avait donné rendez-vous, situé à 50 km du campement principal, le long d'une route. Le vieillard n'y était pas. Heureusement, un camion passa, embarqua l'un des français et l'amena au dit campement. Au bout de deux heures d'attente, notre compagnon français revint pour nous prendre. Lorsque je suis monté à bord du camion, il y avait une pomme… la meilleure que j'ai jamais mangé de toute ma vie !!